LA VIE DES LIVRES
Les livres circulent partout, avec une assez longue tradition d’échanges inter-bibliothèques universitaires notamment. Pour ceux qui aiment Paris et les quais de Seine (n’oublions pas Lyon et les quais de Saône), les bouquinistes revendent des livres de toutes catégories, mais aussi dans divers marchés aux livres (dont Redu en Belgique, un petit village charmant dédié aux livres, avec notamment la fabrication artisanale de papier). Les échanges inter-universitaires rentrent de longue date dans le cadre d’un accord international qui est exceptionnel : même avec des délais assez longs, les livres voyages et diffusent leur contenu à tout le monde avant de revenir dans leur rayonnage d’origine.Pour revenir sur Paris, les bouqunistes (qui s'étalent sur 3 kms) ont une histoire de 450 ans. Dès le XVIº siècle, les ancêtres des bouquinistes, colporteurs et « estaleurs », sont à l'œuvre. Le colporteur vend ses livres dans un panier porté au col ou en bandoulière. L'estaleur, plus sédentaire, vend des livres présentés sur des tréteaux ou à même le sol sur une toile et exerce son métier sur les quelques quais alors maçonnés - quai des Grands-Augustins, incluant celui de Conti, pour la rive gauche et quais de Gesvres et de la Mégisserie pour la rive droite - et, à partir de son achèvement en 1606, sur le pont Neuf.
Mais en 1649, sous la pression des libraires, un règlement interdit l'étalage de livres sur le pont. C'est aussi là que se vendaient le plus de pamphlets politiques, religieux et autres gazettes à scandales...
Lors de l'Exposition universelle de 1900, on dénombre déjà 200 bouquinistes sur les quais de la Seine.
Dans nos économies mondialisées et numérisées, les livres ne viennent pas uniquement et de manière impersonnelle d’Amazon (ou d’autres sites qui au départ ont commencé par la distribution de livres). Les livres s’échangent entre particuliers, entre bouquinistes, avec tout un écosystème vivant où chaque livre est répertorié, avec sa fiche d’identité, ses qualités (usure, défaut, descriptions techniques, etc.) et parfois des prix fixés par une certaine loi de l’offre et de la demande… organisée avec raison et simplicité.
Si nous préférons le livre papier, parce qu’il se feuillète, se touche, se sent, se range, se referme, se ré-ouvre, nous avouons que l’apport d’internet est exceptionnel : l’on trouve sur de nombreux sites (spécialisés ou non) des livres de toutes sortes, de tous pays, de toutes langues, bien plus qu’une longue et riche visite dans une belle librairie n’arriverait pas à satisfaire. Naturellement flâner sur les quais de Seine, à la Vieille Bourse à Lille, à Redu donne plus de spontanéité et de poésie personnelle à la découverte de livres, mais ne privons pas notre plaisir d’acheter des livres qui ne sont plus publiés et donc introuvables. Ces sites spécialisés (par ex. Abebooks, livres-rares.com, ...) sont intelligemment conçus : des bouquinistes se sont réunis pour ouvrir leur fonds de manière plus large et plus profonde qu’une liste de livres, que des rayonnages ou des boutiques parisiennes.
Les livres circulent, s’échangent, se revendent… bien plus que n’importe quel autre bien.
Ils ont ainsi plusieurs vies, la première, la plus naturelle, celle où le livre trouve un premier propriétaire, et d’autres, impromptues, hasardeuses, aléatoires où la recherche bibliothécaire, la recherche auprès de bouquinistes, auprès d’autres particuliers (grâce aux “market place”) anime comme les chats en ont, d’autres vies, d’autres lecteurs, d’autres lieux de rangement et aussi longtemps que la curiosité et la passion littéraires seront présents dans notre culture. Cela sera un peu moins vrai si les livres devenaient davantage numériques. Les échanges seraient alors impersonnels, neutres, sans relief, inutiles même.
Grâce aux échanges mondiaux, grâce à internet, même si parfois la recherche de titres est longue, il arrive un jour ou l’autre qu’un livre réapparaisse et s’offre une nouvelle vie, par les articles de blog, de journaux, d'éditeurs souhaitant une ré-impression à l'issue ou non d'une nouvelle traduction pour les ouvrages étrangers. Les progrès de la numérisation, parfois quasi-unitaires, permettent d'éditer des livres épuisés ou pour lequel aucun éditeur ne prendra un pari éditorial ou commercial de ré-édition.
